Le roman


C'est la fin de notre ère. 

Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses Portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, les « Affamés », se pressent aveuglément vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. 

Quels secrets renferment ces Portes ? 
Quel mal ronge les Affamés ? 
Quelle est la nature des Six Mondes ? 

En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. 
De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté.



Extraits : 




TUPÀ Chapitre 1


  Trempé jusqu’aux os, par la pluie autant que par sa propre sueur, Tupà cherchait un taxi dans le chaos de la cité.
— Freddie… qu’est-ce que tu fous nom de Dieu ? dit-il à voix haute en regardant nerveusement sa montre – une bien grosse montre pour un adolescent, avec des éclats de diamants incrustés dans le cadran et un bracelet en métal clinquant, qui flottait autour de son frêle poignet.
  Certains véhicules ralentissaient à son approche, la vitre s’abaissait alors lentement et une voix sortie de l’ombre proposait des services en tout genre : argent, passeport, portables, appareils photo, bijoux, voitures, armes, drogue… D’un geste du bras sans équivoque, Tupà déclinait les propositions. Enfin, un taxi se profila à l’horizon. Sur son toit, l’enseigne lumineuse ligotée par des guirlandes électriques clignotantes ne laissait planer aucun doute, c’était bien Freddie. Le véhicule freina brusquement.
— T’es en retard, dit Tupà en prenant place sur le fauteuil en skaï marron. On doit être de l’autre côté dans… dix-sept minutes.
  Le garçon avait regardé l’heure sur sa montre, Freddie déchaussa ses lunettes noires en émettant un long sifflement plein d’admiration.
— Eh ben mon vieux, je comprends mieux pourquoi t’es sur les nerfs.
— Je suis pas nerveux. J’aime pas être en retard, c’est tout.
  Le taxi était à l’arrêt, tout près du but mais coincé dans les embouteillages. Au bout de la Route 7, entre deux volutes de pollution et derrière un épais rideau de pluie, on pouvait déjà entrevoir l’imposante rampe de lancement du Puente de La Amistad, seul et unique passage possible entre le Paraguay et le Brésil.
— Souhaite-moi bonne chance, finit-il par dire.



EKIAN Chapitre 5


  Une voix avait retenti, diffusée par plusieurs haut-parleurs déglingués.
— Le Passage aura lieu demain. Vous paierez votre dernier dû aux Passeurs qui, lorsque la Porte s’ouvrira, vous prendront en charge. Suivez la ligne rouge marquée au sol jusqu’à la zone de sas.
  Ekian se mêla à la foule qui se rassemblait le long de la ligne sur la route goudronnée.
 La sombre procession avançait. Coûte que coûte, les Affamés marchaient. Les bouts de dents grinçaient, les têtes déplumées étaient rivées au sol, les pas brisés et pourtant déterminés à atteindre cette Porte, pour se ruer au hasard dans l’un des Six Mondes, dont on ignorait tout. Absolument tout.
  Malgré tous ses efforts pour ne pas penser, une rage lancinante s’était emparée d’Ekian. Elle aurait voulu les prendre par la peau du cou et les secouer. Elle leur en voulait, elle les haïssait de se laisser, si facilement, berner. Et elle se détestait, elle, de ne pas être en mesure de les libérer.



ASHOKA Chapitre 9


  L’homme rasé commença à tourner autour du bûcher. Ashoka s’approcha alors de ce dernier, momentanément seul et perdu dans ses pensées, et tenta le tout pour le tout. Le plus simplement du monde, avec un geste doux à travers lequel il tenta de témoigner au mieux de son respect et de sa compassion, l’enfant tendit la main vers l’homme.
  L’homme se retourna, regarda pour la première fois l’enfant dans les yeux et, comme s’il avait entendu une suggestion divine, il lui passa la torche dans un élan d’abandon. Ashoka la prit lentement, précautionneusement, veillant à ne pas compromettre la victoire en laissant jaillir sa jubilation et puis, dès que l’homme eut replongé son regard dans le brasier, il fit quelques pas à reculons et partit en courant.
  Ashoka venait de voler la Flamme sacrée. Inconscient de son acte, voulant bien faire et toujours heureux de pouvoir rendre un service, l’enfant n’était que joie. De toute l’histoire de l’Inde, on n’avait jamais vu ça.

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