lundi 13 novembre 2017

Chronique du blog L'ourse bibliophile


Sur cette Terre, la nature s'essouffle et la nourriture vient à manquer. Les humains rêvent d'un autre monde avec de la nourriture pour tous et une nature préservée. Pour moi, cela fait écho à une situation très actuelle, à toutes celles et ceux qui ferment les yeux sur le sort de la Terre, qui se disent « de toute façon, je ne serai plus là quand la situation sera totalement dramatique » ou qui semblent penser que les ressources sont illimitées. Bref, celles et ceux qui se voilent la face et nient la réalité au lieu de prendre conscience que l'on va droit dans le mur, voire de vraiment prendre les choses en main pour tenter de faire bouger les choses, de sauver ce qu'il reste à sauver.

Ce premier tome est dense et prend le temps de présenter ses trois jeunes personnages. On les suit dans leurs réflexions, leurs découvertes et leurs prises de conscience qui leur permettra dans les tomes suivants de réaliser leur destinée. Les Portes et les Affamés font leur véritable apparition que tardivement dans le roman, permettant à l'univers de se mettre tranquillement en place.
Cependant, il intrigue aussi en laissant en suspens de nombreuses questions : qui sont ces Guetteurs qui semblent avoir toutes les cartes en main ? Où mènent réellement les Portes ? Qu'est-ce que cette Sublime Communauté ? Quel est le destin des trois héros ? Quant aux Affamés, hordes d'êtres plus ou moins délabrés, autrefois humains, aujourd'hui plus proches du zombie, ils fascinent et révulsent en même temps. Comment en sont-ils arrivés là ? 

Emmanuelle Han nous transporte en Amérique du Sud, dans le désert africain et à Varanasi en Inde. On sort des pays/continents souvent visités (Europe et Amérique du Nord) pour se projeter dans des cadres plus atypiques : l'humidité de la forêt amazonienne, les dunes de sable brûlantes le jour et glaciales la nuit, les rituels dans la ville des morts au bord du Gange… Même si nous sommes dans une dystopie avec des codes et des éléments récurrents, la découverte des cultures amazonienne, touareg et indienne apporte une touche de fraîcheur et de nouveauté.
On doit également à ces lieux l'onirisme de certains passages. Chaque membre du trio passe par une sorte d'initiation. Pour Tupà, c'en est clairement une, suivant les rites des Indiens Guarani, tandis qu'Ekian et Ashoka en expérimentent une, la première en traversant le désert, le second en rencontrant une sorcière. Une touche de magie et de poésie qui saupoudre délicieusement le tout !

Certes, j'aurais sans doute apprécié un peu plus de réponses pour sortir du flou qui a nimbé une bonne partie de ma lecture, mais j'ai toutefois apprécié ce rythme plutôt lent où l'accent est davantage mis sur le cheminement intérieur des personnages que sur l'action. Mélangeant dystopie et légendes ancestrales, science-fiction et fantastique, ce premier tome minutieusement construit met en place un univers prometteur et intéressant.